Potosi et ses mines

Après plusieurs jours dans la région sud et nord Lipez et le désert de sel d’Uyuni nous avons bien besoin de tranquillité. Le 8 février nous prenons un bus pour Potosi qui nous y dépose en  fin d’après midi.

Un taxi nous dépose dans le centre de la vieille ville, à l’hostel Casa Blanca du même propriétaire et nom qu’à Tarija. Nous ne sommes pas complètement satisfaits, il y a du bruit et les chambres sont un peu sombres mais je ne suis pas en grande forme alors nous restons.
Après un peu de repos nous partons à la recherche d’un repas et nous avons toutes les difficultés du monde à trouver quelque chose à manger. Ce n’est pas seulement parce que le carnaval bat son plein, mais il y a réellement peu de restaurants ou cantines à Potosi.
Finalement nous trouvons une pizzeria qui nous sert les pires pizzas de notre vie. La pâte est sucrée et le résultat est assez mauvais il faut avouer.

J’implore un jour de tranquillité et il m’est accordé, nous faisons une machine, nous reposons, avançons sur notre blog et cherchons aussi une association pour visiter une mine du Cerro Rico qui a tristement rendu la ville célèbre.
Ce sera avec « los Amigos de Bolivia » qui nous ont fait bonne impression.

Dans la ville tout le monde boit et fait des offrandes à la Pachamama, la terre mère. Il y a des petits feux partout et cela sent très fort, les encens, des herbes, mais aussi le plastique cramé. On reçoit des jets d’eau ou de mousse des enfants aussi, et la musique est jouée à grands volumes.

Potosi a un joli centre ville aux reflets coloniaux et plein de vie, en dehors la ville a assez peu de charmes et de splendeurs. Les alentours de l’une des ville les plus élevées du monde (nous sommes à 4000m d’altitude) ne sont que maisons en brique rouge sans revêtement et pas finies, poussière et trottoirs sales. Cependant il y a quelques bâtisses religieuses à visiter et un musée important (Palacio de la Moneda, où les espagnols frappaient la monnaie grâce à l’argent extraits 2 kilomètres plus loin).
Pour un bon récit en français, informatif et bien écrit sur la ville et le Cerro Rico ne ratez pas le blog de ces voyageurs. Il date de 2010 mais rien n’a changé depuis.

Directement devant la ville s’élève le Cerro Rico (« montagne riche », elle culminait à 5000 mètres d’altitude quand les espagnols sont arrivés et st maintenant à 4300m au dessus du niveau de la mer) dans laquelle les dédales de tunnels constituent les si célèbres mines d’argent de Potosi. A l’instar de son nom le Cerro Rico renferme plus de misère que notre esprit peut en imaginer et des conditions de travail et de vie que je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi.

Depuis le XVIe siècle (1545) que les espagnols ont compris le potentiel de la montagne, les minéraux sont exploités dans les pires conditions. La ville de Potosi était la plus peuplée des Amériques avec 200000 personnes.

Alors qu’au début la mine permettait l’extraction de tonnes d’argent (on dit que la quantité du précieux métal arrachée par les espagnols aux terres boliviennes suffirait à construire un pont reliant Potosi à la Péninsule Ibérique… mais les ossements des mineurs morts dans la mine y suffirait aussi amplement). On parle de plus de 8 millions de morts depuis le début de l’exploitation. Les accidents sont encore coutumiers, la semaine avant notre visite un éboulement et une chute dans un tunnel avaient encore tué 5 mineurs.
La Ley de la Mita imposée par la couronne espagnole forçait les esclaves indigènes et africains (« importés » par milliers) à travailler par roulement 20 heures par jour et ne sortir que tous les 4 à 6 mois de la mine. On dit qu’à la sortie il fallait leur bander les yeux pour que la lumière ne les aveugle pas.

Après 1800 l’argent se fait rare et le déclin de la ville commence. La population chute à 9000 habitants. On trouve alors de l’étain ce qui relance un peu le commerce. Puis le coût de l’extraction de l’étain n’étant plus rentable, aujourd’hui on extrait de petites quantités de plomb et de zinc du Cerro Rico. Bien sur, ceux qui tombent sur un bon filon peuvent améliorer le quotidien mais plus personne ne devient riche en exploitant la mine.

Aujourd’hui les conditions de travail et techniques n’ont pas plus évolué qu’au moyen âge mais les mineurs sont organisés en coopératives depuis 1987. Si le terme a des connotations positives en réalité cela n’apporte que le droit de travailler dans la mine mais sans aucune protection. Le mineur doit acheter son propre matériel ainsi que sa dynamite et négocier lui-même sa production à chaque fin de semaine pour pouvoir faire vivre sa famille. Les mineurs travaillent en équipe et le salaire varie : celui qui pose la dynamite gagne sensiblement plus que celui qui pousse le chariot de cinq tonnes (à vide il pèse déjà deux tonnes et roule assez mal, on a essayé!) vers la sortie par exemple.
Au niveau de l’âge pas de limites, les enfants travaillent tôt dans la mine mais je n’ai pas encore trouvé de chiffres sur la proportion d’enfants dans les quelques milliers de travailleurs de la mine. Les conditions sont telles qu’un mineur ne peut pas travailler plus de 15 ans. Beaucoup d’enfants dans la rue sont orphelins et il n’est pas rare que le fils doive succéder à son père décédé dans la mine parce qu’il n’y a guère d’autre choix.

Dans ces conditions vous pouvez imaginer qu’une visite dans la mine n’a rien d’une promenade de santé (ou de charme). L’idée d’y faire accéder les touristes est avant tout de faire connaître au monde cette réalité. C’est une expérience sociale effroyable.
Comme le disait notre ami Raphaël qui a assisté volontairement à la mise à mort du mouton du repas de Noël, il ne faut pas se voiler la face sur ce qui arrive dans notre assiette, il faut être conscient de la souffrance endurée pour permettre notre société consommatrice ou alors accepter d’y renoncer. Je sais, cela n’a rien à voir car on peut refuser de manger de la viande mais on ne peut rien changer du destin de Potosi. J’essaie juste de montrer qu’on peut décider d’aller observer les gens souffrir sans que cela soit du voyeurisme. C’est la réalité et cela fait partie du patrimoine bolivien que nous aspirons à connaître.

Il semble que les mineurs soient très heureux que le tourisme se développe dans les mines. Même s’ils ne retirent même pas 10 % du prix que l’on paie pour la visite, l’intérêt témoigné pour eux et leurs conditions de vie difficile leur permet de partager d’extérioriser cette souffrance. Ils sont également très reconnaissants de tous ces petits présents que les visiteurs laissent à leur attention.

Evelyn de l’agence « los amigos de Bolivia » nous explique avec beaucoup de respect et d’attention le quotidien des mineurs dans les mines, leur histoire et nous guide dans les dédales de tunnels humides et sordides de la mine « Kunti ».
Cette semaine c’est le carnaval et aujourd’hui personne ne travaille. Cela rend bien sur la visite plus simple car nous ne voyons personne souffrir à la tache, et c’est aussi plus sur car il n’y de ce fait aucune explosion de dynamite. Nous avons apporté des cadeaux comme c’est recommandé de le faire : des feuilles de coca, des fournitures scolaires et du soda, non pas de l’alcool à 96 degrés et de la dynamite comme la plupart ramène. Nous les laissons ça et là dans la mine, pour donner un peu de motivation aux ouvriers de demain.

Au final le tour dure 3 heures entre l’habillage et le déshabillage et nous marchons dans la boue ou carrément des zones inondées, il faut marcher courbé et une fois il faut même ramper pour passer. L’odeur est insupportable et l’air est irrespirable, nous suffoquons parfois à cause de la chaleur et l’envie de vomir. Le tuyau qui amène l’air aux tréfonds de la mine n’est pas présent partout et il est incroyable de pouvoir travailler avec seulement la lumière de notre casque. Nous faisons le test et éteignons nos lampes. L’obscurité est effroyable, comme dans les ténèbres où seul le diable s’y retrouve. Au XVIe siècle on donnait une bougie pour 4 aborigènes. Le diable d’ailleurs est le « dieu » des mineurs, il fait l’objet de rituels et porte le nom de « Tio ». On le trouve dans chaque mine représenté comme une figure menaçante rouge dotée d’un énorme pénis afin de représenter la fertilité, la richesse. Si hors de la mine les boliviens sont très chrétiens, dans la mine c’est Tio le dieu. On lui donne des feuilles de coca, des fœtus de lamas, à boire, à fumer et auprès de lui on se repose. De lui dépend le succès du travail.

Juste une petite vidéo de la zone de séparation des métaux et dans la mine:

Nous sommes satisfaits d’avoir fait ce tour et avons du mal à comprendre que cela puisse encore valoir la peine de nos jours d’aller travailler dans de telles conditions. Ah ! Dans quel confort nous vivons en France (et en Allemagne) hein ? On se sent moins misérable d’un coup non ?

Le 10 février après le tour et un bon repas (un bon hamburguer de quinoa) nous quittons la triste ville de Potosi pour la belle ville de Sucre.

Information pratique :
Nous recommandons vivement Los Amigos de Bolivia pour le tour. Il a coûté 80 bolivianos. Pas de baratin, beaucoup de respect et d’humilité.
Par contre il vaut mieux faire le tour en espagnol parce que celle qui faisait le tour en anglais ne savait pas parler anglais !

Attention, kidnapping : Il nous est arrivé une drôle d’histoire. 10 minutes avant l’heure convenue une dame est venue nous chercher à notre hostel. Apparemment à cause du carnaval notre agence ne pouvait pas faire le tour finalement alors ils auraient regroupé les touristes. Nous partons donc avec elle et elle s’apprête à arrêter un colectivo (bizarre ! On devait partir en transport privé…). Elle demande si nous avons déjà parlé du prix et semble bien embêtée qu’on lui dise avoir déjà payé. Il faudra repayer. Quoi ? On va avec elle à une agence (zut, le nom m’échappe, un petit boui-boui pas clean). Elle téléphone et revient vers nous, nous devons filer à l’agence Amigos de Bolivia… Nous y allons dare-dare et heureusement que nous avons un téléphone avec une puce locale parce que l’agence est fermée. Le mini bus revient nous prendre (ils sont passés à notre hostel à l’heure et ne nous y ont pas trouvé…) et Evelyn ne semble même pas surprise de notre histoire. Nous nous sommes fait kidnapper !! Heureusement que nous avions un reçu !

  1 comment for “Potosi et ses mines

  1. Maman
    5. mars 2016 at 20:09

    Brrrr… je suis choquée et attristée. Vous êtes courageux « d’ouvrir les yeux » ainsi, personnellement je suis trop sensible pour regarder la misère, cela me perturbe longtemps. C’est de l’hypocrisie je sais, et je vous admire. J’espère que la prochaine étape sera plus gaie! Ah et vous êtes très beaux tous les deux sur la photo « où on n’a pas envie de rire », j’adore.

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